"Dès l’enfance, ramasser un coquillage à la plage ou glaner un caillou lors d’une promenade, est un plaisir à la disposition de tout un chacun. J’entretiens toujours ce rapport particulier avec l'environnement, à travers la contemplation, l’observation, et l’étude de la nature.

Il s’agit de tisser des liens entre ces découvertes quotidiennes, puis de les presenter dans un langage ouvert et universel.

Grâce à un rituel de cueillette sur le terrain, j’élabore pendant les voyages, ou marches tant citadines que champêtre, des collections de tout règne: minéral, végétal, animal, humain (artisanal ou manufacturé). En leur offrant un écrin ou une composition in-situ, les éléments s’articulent dans un vocabulaire onirique contextuel et se chargent d’une force émotionnelle. La hiérarchie des valeurs et des priorités accordées à ces choses devient transgressive. En explorant ces collectes d’objets, les référencements ordinaires s’effacent et laissent émerger des souvenirs de situations, des dialogues entre objets, propres à chacun.

Ces récoltes adoptent parfois un autre emploi.

Je m’aventure dans des assemblages, ou reproduction de mécanismes naturels pour amplifier l’ecclectisme des “collections et curiosités”."

Exposition Devenir
Collège des Bernardins
Diplômés 2012 Ed. Beaux-Arts de Paris p.116 Atelier Kawamata

Kealan Lambert est un faiseur d’ersatz. Prenant à la fois pour objet et pour modèle les formes qui composent la nature, l’artiste reproduit un monde-macrocosme à l’intérieur duquel il se joue des composants et réinterprète les mécanismes. Dans son travail se côtoient les objets trouvés et ceux re-fabriqués au regard d’un pré-existant. Ces objets simulacres se rencontrent au sein de « collections », sorte de petits cabinets dans lesquels pignes de pin, nid de guêpes, pommes, graines, bastaing, branche ou papier constituent un musée ethnographique moderne, qui déplace dans le champ de la curiosité les objets ou matériaux issus de notre quotidien. En apprenti chimiste, l’artiste défait et refait les formes dans une tentative de réorganisation et reclassification des principes qui les composent et les régissent. Jouant de rapprochements formels et colorimétriques, Kealan Lambert participe d’une sorte de mythologie de la réédification qui ritualise sa pratique d’observateur, collecteur, copieur. L’artiste fait ainsi du périssable une alliance nouvelle et ordonnée sans pour autant soustraire l’objet à la symbolique. Il objectivise alors l’idée d’une forme pure, un essentiel devenant substrat du reste; et pérennise ce que la fragilité altère,

l’exhibant définitivement à la vue de chacun afin que personne ne puisse plus passer à côté.

 

Elisa Rigoulet

Diplômés 2012 Ed. Beaux-Arts de Paris p.116 Atelier Kawamata